

À l’invitation du président chinois Xi Jinping, le président de la République du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema effectuera une visite d’État en Chine du 3 au 7 novembre 2026. Au-delà du protocole, les enjeux économiques sont colossaux.
C’est la première visite d’État du président de la Ve République gabonaise en Chine, et elle n’a rien d’anecdotique. Elle consacre l’élévation des relations entre les deux pays au rang de partenariat de coopération globale stratégique depuis 2024.
Un commerce florissant de 3,19 milliards de dollars
Les chiffres avancés confirment la base d’une coopération bilatérale déjà solide. Selon l’ambassadeur de Chine au Gabon, Zhou Ping, le volume des échanges bilatéraux a atteint 3,19 milliards de dollars en 2025, en progression de 8,3% sur un an. Fait notable, le Gabon maintient un excédent commercial.
Dans les faits, la Chine est le premier client du Gabon. Elle absorbe 27% de ses exportations, soit près de 2,91 milliards de dollars, composées essentiellement de pétrole brut, de manganèse et de bois.
Au plan infrastructurel, cette coopération a déjà laissé des traces visibles. Parmi les grands fleurons, on cite entre autres, le barrage hydroélectrique de Grand Poubara, les stades de l’Amitié sino-gabonaise, le siège du Sénat rénové par la société chinoise CCECC, ou encore les routes Port-Gentil – Omboué.
Une coopération à renforcer
Si la visite de 2026 est qualifiée d’historique et stratégique, c’est parce qu’elle vient pour un changement de paradigme. Le Gabon souhaite transformer ses matières premières sur place. Deux projets lancés à la veille de la visite en sont la parfaite illustration.
Le premier, signé le 14 octobre 2025 avec la China Road and Bridge Corporation (CRBC), prévoit la construction d’une raffinerie de dernière génération à Port-Gentil et de plus de 250 km de routes dans le Woleu-Ntem. Ce projet prévoit de réduire la dépendance aux importations de carburant et désenclaver le nord du pays. Près de 20 000 emplois directs et indirects sont annoncés.
Le second, inauguré le 20 octobre 2026 à Malibé 2 par le vice-président gabonais Hermann Immongault, est un complexe industriel de clinker et de cimenterie d’une capacité d’un million de tonnes par an, pour un investissement de 114 milliards de FCFA. Le Gabon, qui importait la totalité de son clinker, veut enfin produire son propre ciment.
Toutes fois, cette visite peut permettre au Gabon de renforcer le développement du pays.
D’abord, l’industrialisation minière et les infrastructures lourdes. Le Gabon est le 2e producteur mondial de manganèse, mais 80% part brut. La création d’une filière de transformation à Moanda est la priorité. Le développement du gisement de fer de Bélinga, l’un des plus grands au monde, nécessite un chemin de fer et des routes que la Chine peut financer et construire.
Ensuite, la souveraineté Énergétique. Après l’hydroélectricité, la raffinerie est la seconde jambe de l’indépendance énergétique.
Enfin, l’habitat et le capital humain. Le programme des 500 logements sociaux et la zone des Neuf Provinces doivent être construits avec des matériaux gabonais. Et récemment, la Chine a proposé des formations en prospection minière et en nouvelles technologies pour des cadres gabonais. C’est la condition pour que le transfert de technologie soit réel.
À 52 ans, la coopération sino-gabonaise entre dans l’âge de la maturité. Elle n’est plus une histoire d’aide, mais une histoire d’intérêts partagés. C’est tout le sens d’une coopération mutuellement bénéfique.
Gérard Njoya




