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Yubai Zhang : « Le cinéma est le chemin le plus puissant pour lier la Chine et l’Afrique »

Elle est le visage de ce pont culturel que beaucoup évoquent, mais que peu incarnent aussi concrètement. Actrice et comédienne chinoise résidant à Paris, Yubai Zhang a accepté de se confier à l’Actu Chine-Cameroon. Une rencontre placée sous le signe du 7e art, de la danse, des émotions partagées, et d’une conviction : la Chine et l’Afrique ont une histoire commune à raconter.

D’emblée, l’artiste tient à remercier notre média : « Merci aux médias, l’Actu Chine-Cameroon, de m’avoir donné cette opportunité de collaborer avec vous. Je vous souhaite beaucoup de succès dans votre travail, dans la promotion du Cameroun, de l’Afrique et dans la promotion de la Chine », a lancé Yubai Zhang au média camerounais centré sur la Chine, son déploiement dans le monde entier, le continent africain en particulier.

Une génération en quête d’identité

Pour Yubai Zhang, le cinéma chinois d’aujourd’hui n’est plus celui des fresques historiques figées. « Les séries chinoises et les films chinois, aujourd’hui, pour cette génération, on est beaucoup axés sur la recherche, vraiment axés sur la recherche, en quête de nos propres identités. De savoir ce qu’on veut, où on veut y aller, et c’est quoi notre avenir », a indiqué l’actrice chinoise au micro de l’Actu Chine-Cameroon.

Face à elle, l’Afrique apporte un contrepoint vibrant. Yubai Zhang explique que Côté Afrique, les musiques, les danses et les joies de vivre des points du cinéma africain qui peuvent intéresser le public chinois. « Parce qu’on plaisante souvent, on dit que les Africains ont le rythme dans le sang. Et nous les Chinois, on n’est pas nés pour être danseurs. Déjà, on n’a pas la même morphologie », a-t-elle développé. Un trait d’humour qui cache une réalité qu’elle observe en Chine même quand elle rentre en Chine. « Sur les réseaux sociaux, je vois qu’il y a de plus en plus de Chinois qui pratiquent la danse africaine », a relaté, Yubai.

Une passion née dans les salles africaines

Formée aux Ateliers du Sudden de Raymond Aquaviva et au Studio Pygmalion, titulaire d’un MBA de NEOMA Business School, Yubai Zhang possède une double culture artistique et managériale rare. Au cinéma, elle a été l’héroïne de “AMNESIA (2025), “MEMOIRE DU 304” (2018), “PINK THIEF” (2020), et a joué dans “COOKIE” (2013) de Léa Fazer. À la télévision africaine, le public la connaît surtout pour son rôle de Yubai dans la série Canal+ Afrique “Ma Grande Famille”.

Mais c’est en Afrique, dans les salles, qu’elle a eu un choc culturel décisif. « Moi, je les ai rencontrés, ces méga-stars africaines, lors d’un festival de cinéma qui s’appelle “Bankification” Cinéma. Et de là, à travers ce festival, j’ai eu la chance de découvrir plein de films africains qui m’ont énormément plu », a déclaré Yubai.

Elle raconte avec émotion que c’est dans une salle de projection en Afrique qu’elle avait ressenti la passion et la participation des africaine pour le cinéma. Une chose de rare en Europe et en Asie, selon Yubai. « C’est que quand on va voir un film dans une salle de cinéma, on est vraiment comme un spectateur. On regarde le film. S’il y a des moments forts, ça déclenche un peu de réaction. Mais en Afrique, c’est totalement différent parce que les spectateurs, ils jouent dans la scène avec les acteurs. Donc ils poussent, ils hurlent, ils commentent. C’est très marrant et ça me touche beaucoup », explique Yubai.

« J’adore le cinéma africain. D’ailleurs, je trouve que le cinéma africain a beaucoup de talent et a beaucoup d’imagination artistique. Donc c’est pour cela que j’aime collaborer avec les stars africaines et les réalisateurs de mise en scène africaine », ajoute-elle.

Le cinéma, un langage universel

Pour l’actrice, Prix de Meilleure Actrice au Festival Montgomery à Washington (2019), qui a également incarné “Mulan” sur scène et joué aux Folies Bergère et au Casino de Paris, le cinéma n’est pas un simple divertissement dans la relation sino-africaine. « Le rôle du cinéma dans l’échange entre la Chine et l’Afrique, je pense que c’est tout simplement qu’il y a une place indispensable. Parce que le cinéma, c’est quoi ? C’est qu’on raconte l’histoire, des différentes histoires et des émotions. C’est un cheminement des émotions. Donc peu importe la langue, peu importe le pays, les émotions restent quelque chose de commun pour nous tous », a-t-elle expliqué « Je pense qu’à travers le cinéma, un outil émotionnellement très puissant, on pourra vraiment lier la Chine et l’Afrique ensemble, dans plein de domaines, dans tous les domaines d’ailleurs », a déclaré l’actrice chinoise Yubai Zhang.

De Bangui à Abidjan, une Africaine d’adoption

Ses collaborations l’ont déjà menée loin. En Afrique par exemple, Yubai a eu la chance de collaborer avec plein de stars africaines qui l’ont mis dans leurs séries télé, longs-métrages et spectacles. Par toutes ces opportunités, elle a eu la chance de visiter Bangui en Centrafrique, Douala au Cameroun, Gabon, Guinée Conakry, Guinée et Abidjan en Côte d’Ivoire. « Je pense que prochainement, j’aurai le plaisir de découvrir Tchad, Niger et d’autres pays », miroite l’actrice chinoise.

Au-delà des plateaux de télévision, elle a trouvé des points communs profonds entre ses deux mondes : « J’ai trouvé qu’entre l’Afrique et la Chine, on a un lien très présent », révèle, Yubai. Ici, l’actrice ne pense pas aux origines chinoises et africaines, mais plutôt à leurs ancêtres. « On a vraiment beaucoup de points communs, notamment la nourriture. En Afrique, elle est très épicée, on fait cuire longtemps. La cuisine chinoise, pareil », illustre-t-elle. Elle ajoute que ce lien commun s’étend jusqu’à la “mentalité”. « Par exemple, en Chine, quand vos parents sont âgés, on ne les met pas dans la NEPAD, on s’occupe d’eux, ils vivent avec nous. Pareil en Afrique. C’est ce respect envers nos aînés », raconte Yubai.

Et l’IA dans tout ça ?

Interrogée sur l’avenir, Yubai Zhang regarde vers 2030 avec lucidité : « En 2030, donc ça veut dire dans 4 ans, je pense qu’avec la technologie de l’IA aujourd’hui, ça va beaucoup faciliter la fabrication du cinéma. Oui. Je pense que même sans vraiment présente sur le terrain, on pourra arriver à faire des films. Ça, je suis convaincue », estime la cinéaste chinoise. Elle souligne qu’elle a déjà vu des pubs qui sont sortis complètement via l’IA et dit qu’elle a hâte de connaître l’avenir du cinéma. « Mais j’espère qu’on garde toujours nos places dans le cinéma. C’est-à-dire, ce n’est pas l’IA qui va nous remplacer ». Une crainte, mais surtout un appel, qui résume toute sa vision : « Je pense qu’on a beaucoup d’histoires à raconter, à mettre en lumière entre la Chine et l’Afrique », projette l’actrice chinoise Yubai Zhang.

Et si le prochain grand film sino-africain commençait justement ici, entre une actrice chinoise amoureuse de l’Afrique et un continent qui ne demande qu’à raconter ses propres histoires ?

Gérard Njoya

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