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Le regard de Shanhui : après New Delhi, les BRICS passent à l’heure chinoise

Le sommet de New Delhi s’est déroulé du 12 au 13 septembre et si vous n’avez retenu qu’une image, celle de Xi Jinping reçu par Narendra Modi, vous avez raté l’essentiel. Parce que le président chinois a prononcé deux discours en deux jours, et qu’à eux deux, ils dessinent déjà ce que sera le sommet de l’an prochain. Ce sommet, c’est la Chine qui l’accueillera.

Reprenons dans l’ordre, en commençant par le premier discours, consacré aux vingt ans des BRICS. Xi Jinping y fixe quatre rôles aux BRICS, et il emploie chaque fois le même mot : pionniers. Pionniers de l’innovation, avec l’intelligence artificielle au cœur. Pionniers de la paix, avec un appel à un cessez-le-feu global au Moyen-Orient et le rappel que la question palestinienne demeure au cœur des enjeux régionaux. Pionniers du dialogue entre civilisations. Et pionniers de la réforme de la gouvernance mondiale : défendre l’ONU, réformer l’OMC, rejeter les droits de douane abusifs, et porter la voix du Sud global jusque dans le cyberespace, l’espace et les fonds marins.

Deuxième discours. Le président chinois Xi Jinping ouvre sur une image simple : un monde sans règles, dit-il, c’est un carrefour sans feux rouges. Et il ajoute que la logique du plus fort qui fait la loi aurait dû être abandonnée depuis longtemps. Puis il aligne les chiffres. Cinq ans après son lancement, l’Initiative pour le développement mondial compte plus de 2 000 projets, quelque 200 000 personnes formées et plus de 120 pays participants. Et une phrase qui concerne directement l’Afrique : la Chine applique déjà le zéro droit de douane aux 53 pays africains avec lesquels elle a des relations diplomatiques, et elle continuera d’ouvrir son marché de manière unilatérale.

Mais c’est la fin du discours qui compte. Beijing y annonce cinq initiatives, toutes portées par la Chine et toutes tournées vers l’économie réelle : une zone open source d’intelligence artificielle pour les BRICS, assortie de formations ; un partenariat entre zones économiques spéciales, complété par un forum sur le commerce des services l’an prochain ; une plateforme numérique commune ; un programme d’usines intelligentes ; enfin, une alliance pour former des ingénieurs, avec reconnaissance mutuelle des compétences.

Regardez ce que ces cinq initiatives ont en commun. Toutes parlent de production, de formation et de technologie. C’est une réponse précise à une demande africaine de longue date : transformer sur place plutôt qu’exporter à l’état brut. Une usine intelligente à Addis-Abeba ou au Caire, des ingénieurs formés dans un cadre commun, un marché chinois ouvert sans droits de douane, voilà ce que le Sud global peut concrètement attendre de New Delhi.

Et maintenant, l’année chinoise. Xi Jinping l’a dit lui-même : 2026 marque le début du quinzième plan quinquennal, et ce plan est autant une feuille de route pour la Chine qu’une liste de coopérations proposée au monde. Le 19e sommet des BRICS se tiendra en Chine, avec l’ambition d’ouvrir une « troisième décennie dorée ». Et c’est précisément là que se jouera la crédibilité des BRICS élargis : non pas dans les communiqués, mais dans le nombre d’usines, d’ingénieurs et de projets que l’on pourra compter dans un an.

Shanhui ZHANG

Présentatrice et chroniqueuse

CGTN Français

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