
La santé du peuple, nouveau grand chantier de la Chine à imiter

L’appel lancé par le président Xi Jinping lors de la réunion nationale sur la santé à Pékin n’est pas un simple slogan. Pour avoir visité le village de Meilin au Zhejiang et lu “Healthy China 2030”, le livre-programme du gouvernement chinois sur la stratégie de développement sanitaire, cette interpellation marque le passage de l’Initiative “Chine Saine” d’une phase d’expérimentation à une phase de résultats décisifs, au moment où la Chine entre dans son 15e Plan quinquennal (2026-2030).
Ce qui est déjà fait
Le contexte cet appel révèle qu’après avoir vaincu la pauvreté absolue et lancé la revitalisation rurale, la Chine s’attaque à son prochain grand défi interne, le bien-être physique de 1,4 milliard d’habitants.
Pendant 40 ans, la priorité chinoise a été le PIB. Aujourd’hui, le pays fait face à un autre défi : la transition sanitaire. Xi Jinping en tant que visionnaire, pose une “voie aux caractéristiques chinoises”. Soit, un système hybride, piloté par l’État, centré sur la prévention, la médecine de proximité et la technologie.
En effet, l’Initiative “Chine Saine 2030”, lancée en 2016, a déjà produit des résultats mesurables que Xi veut consolider. On note désormais une couverture santé universelle de base à plus de 95% ; une réforme hospitalière exacte avec la suppression de la marge sur les médicaments dans les hôpitaux publics pour casser le modèle “vivre de la pharmacie” ; des campagnes nationales massives contre le tabagisme, pour l’activité physique (les parcs de fitness en plein air dans chaque quartier) et pour la sécurité alimentaire ; une santé rurale numérisée à l’échelle de 98% comme nous l’avons vu au Zhejiang avec le village de Meilin, renforçant de ce fait le service de santé de proximité et un développement de l’IA médicale pour le diagnostic, le séquençage génomique et la production de vaccins et d’équipements.
L’espérance de vie est passée à 79 ans en 2024, proche des standards des pays développés.
Ce que cela apportera aux chinois dans le futur
L’appel à des “progrès décisifs” signifie donc trois ruptures pour le citoyen chinois ordinaire. Il s’agit de passer du soin à la prévention avec pour objectif d’empêcher que les citoyens chinois tombent malades ; de réduire la fracture urbaine-rurale suivant le 15e Plan qui prévoit d’envoyer les ressources des grands hôpitaux de Pékin et Shanghai vers les comtés via la télémédecine 5G et les “communautés médicales de comté” afin d’équilibrer le diagnostic médical et, de faire de la santé une industrie stratégique en créant un marché médicinal intérieur de plusieurs milliers de milliards de yuans, créateur d’emplois et exportable.
La leçon chinoise pour l’Afrique
Pour un journaliste africain, et notamment camerounais, cet appel de Xi Jinping est directement transposable et arrive au bon moment.
Il faut dire que les gouvernements africains doivent apprendre à planifier sur 15 ans, pas sur un mandat d’un dirigeant. La Chine ne gère pas la santé par projets pilotes d’ONG ou par campagnes électorales. Au contraire, elle l’inscrit dans des plans quinquennaux successifs avec des indicateurs chiffrés. L’Afrique, qui lance sa Couverture Santé Universelle dans plusieurs pays, doit s’inspirer de cette continuité de l’État.
La santé rurale commence par le numérique, pas par l’hôpital géant. Le modèle Meilin au Zhejiang, l’a prouvé. C’est-à-dire qu’avant de construire un Centre hospitalier universitaire à des centaines de kilomètres, connectez le centre de santé du village au City Brain. Un agent de santé communautaire avec une tablette et un système de points de crédit santé peut sauver plus de vies qu’un bloc opératoire sans personnel.
La santé est un levier de prospérité commune. Xi lie explicitement santé et développement. Un agriculteur en bonne santé produit plus, un enfant en bonne santé apprend mieux. Pour l’Afrique, investir dans la prévention (eau potable, nutrition, vaccination) rapporte 10 fois plus que de construire des hôpitaux curatifs pour traiter des maladies évitables.
En définitive, Xi Jinping ne parle pas seulement aux chinois. Il propose aux pays du Sud un modèle alternatif : celui d’un État développementaliste qui considère le corps de ses citoyens comme son premier capital naturel, au même titre que les “eaux limpides et les montagnes verdoyantes”. C’est exactement le parallèle de la « Théorie des Deux Montagnes » appliquée à l’humain.
Gérard Njoya
Photo : Xinhua



