
Chine-Afrique : les entreprises chinoises telles que j’ai eu l’occasion de les découvrir

Les entreprises chinoises sont essentiellement familiales, voire tribales, ce qui ne constitue nullement un obstacle à leur essor. Cette expérience chinoise pourrait-elle inspirer les Africains ?
Dans une usine située dans la province du Guangdong, où sont fabriqués les supports de communication pour des entreprises américaines telles que Coca-Cola et Western Union, on constate que la main-d’œuvre est composée de membres de la famille, allant des grands-parents aux petits-enfants, en passant par les oncles, tantes, cousins, neveux et gendres. Madame Feng, la manager, explique : « Au cas où la main-d’œuvre qualifiée viendrait à manquer au sein de la famille, nous recrutons d’abord dans le village, puis, par extension, parmi ceux qui parlent le même patois que nous. Et cela fonctionne ! ”
Ce mode de fonctionnement rappelle, de manière embryonnaire, les pratiques des Lubas en République Démocratique du Congo, des Yorubas au Nigeria et au Bénin, des Bamilekés au Cameroun, des Kongos en République du Congo, des Dioulas en Côte d’Ivoire, ainsi que des Sarakoules ou Bambaras au Mali et des Haoussas au Niger et au Nigeria…
Cette forme de repli identitaire dans l’organisation des manufactures chinoises produit des résultats extraordinaires dans le domaine de l’industrie locale. Les entreprises de l’Empire du Milieu deviennent de plus en plus compétitives. À titre d’exemple, des marques telles que Louis Vuitton, Chanel, Gucci, Apple, Samsung, Puma, Adidas et Philips tirent pleinement parti de la qualité de cette main-d’œuvre locale à coût abordable.
Il est vrai que la guerre économique déclenchée lors du premier mandat de Trump à la Maison Blanche a conduit des entreprises américaines comme Nike à délocaliser leur production vers des pays tels que le Vietnam, le Cambodge et le Sri Lanka.
Que retenir de cette expérience chinoise ? Les fameuses théories du « lumpen développement » de Kinzounza Kitsoro, Samir Amin et feu René Dumont, qui prônent la fin de l’entrepreneuriat familial africain afin de stimuler les facteurs de production et d’établir une véritable industrie locale compétitive, me semblent désormais infondées, surfaites et désuètes. Le démenti cinglant provient des dragons asiatiques. Les économistes et spécialistes du sous-développement de l’Afrique doivent donc revoir leur copie et, surtout, actualiser leurs publications.
A. Ndongo, journaliste économique et financier, Brazzaville, Congo




