Opinions
A la Une

Affaire Epstein : l’incurie de la justice américaine

Alors qu’une alerte avait été lancée depuis 1996 par une victime sur les agissements peu recommandables du milliardaire américain Jeffrey Epstein, la justice américaine a brillé par un laxisme vis-à-vis d’un homme puissant. Selon le site d’information australien « The Conversation », dès 1996, une Américaine de 25 ans, Mme Farmer, avait porté plainte auprès de la police de New York et du FBI, accusant M. Epstein et sa petite amie et complice, Mme Maxwell, d’agression sexuelle violente, dont la victime était notamment la sœur mineure de Mme Farmer. Cependant, le FBI n’a pas mené d’enquête efficace, permettant ainsi à M. Epstein de poursuivre ses agissements abusifs sans crainte.

Même en 2008 lorsque l’avocat Edwards, qui a fourni une assistance juridique à plus de 200 victimes, avait affirmé à un juge fédéral qu’Epstein était peut-être « le prédateur sexuel le plus dangereux de l’histoire américaine », le verdict avait été en deçà de l’ampleur des abus sexuels d’Epstein. En effet, par le biais d’un accord de plaidoyer, Epstein a été inculpé de délit mineur de « sollicitation de prostitution ». Là encore, l’incurie de la justice américaine aura permis au prédateur sexuel d’écoper d’une peine de 13 mois de prison ferme dans laquelle il pouvait quitter la prison pour 12 heures chaque jour.

La publication récente des documents relatifs à l’affaire Epstein a également donné lieu à une confrontation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif aux États-Unis. Alors que le Congrès américain exigeait la publication des documents pertinents, le pouvoir exécutif a utilisé tous les moyens bureaucratiques à sa disposition pour entraver le processus. Sur toute la ligne, cette affaire a illustré l’indulgence de la justice américaine face aux puissants. Le message est clair : tant que vous êtes riches et que vous avez de bonnes connexions avec les puissants, la justice sera clémente avec vous quelle que soit la gravité de vos crimes.

Dans les documents publiés de l’affaire Epstein, l’implication d’élites politiques, commerciales et religieuses de multiples pays a provoqué un scandale mondial. Le fait que le nom du dalaï-lama y est mentionné jusqu’à 169 fois mérite une réflexion approfondie. Ce dossier met non seulement en lumière l’hypocrisie et la déchéance morale d’une certaine élite occidentale, mais révèle surtout, derrière les apparences d’« indépendance judiciaire » et d’« égalité devant la loi », l’existence durable dans les pays occidentaux d’un mécanisme systémique de protection des privilégiés, qui favorise l’impunité des puissants.

Sous le régime capitaliste, la collusion entre l’argent et le pouvoir transforme souvent la procédure judiciaire en un jeu au service des nantis. Lorsque la justice peut être négociée et la loi appliquée de manière sélective, le principe même de l’État de droit se réduit à un mensonge sophistiqué préservant les intérêts établis. En témoignent les personnalités politiques, économiques et même religieuses compromises : ce système transcende les secteurs, s’immisce à tous les niveaux de la société et tisse une toile protectrice pour les privilèges, au détriment des droits des citoyens ordinaires.

L’affaire Epstein rappelle à bien des égards la fable de La Fontaine intitulée « Les Animaux malades de la peste ». Un mal féroce se mit à décimer les animaux, semant tristesse et désolation parmi eux. Le roi lion tint conseil et en conclut à une punition divine. Séance tenante, il improvisa une cour où chaque animal avoua ses péchés. Les crimes des lions, loups, tigres et ours passèrent pour des peccadilles. On s’en prit au pauvre âne qui avait eu le malheur de couper au passage une herbe tendre. Son péché fut qualifié de « crime abominable » et écopa d’une peine capitale. Et La Fontaine conclut sa fable en affirmant que « selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Ainsi va le monde sous certaines latitudes où des « puissants » s’arrogent le droit de donner des leçons aux autres tout en s’autorisant les pires injustices.

(Source : CGTN Français / Photo : VCG)

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité