

Vendredi 24 juillet à l’Ambassade de Chine au Cameroun, l’uniforme était de sortie. Drapeaux, hymnes, et hauts gradés camerounais et chinois face à face. Motif : célébrer les 99 ans de l’Armée Populaire de Libération de Chine.
Mais derrière les honneurs militaires, le Colonel Supérieur LU Jipeng, Attaché de Défense de l’Ambassade de Chine au Cameroun, est venu livrer un message bien plus large : celui d’une Chine engagée pour la paix mondiale, tout en resserrant son étreinte stratégique avec le Cameroun.
“Jamais l’hégémonie, toujours l’autodéfense”
Dans une allocution posée, le Colonel LU a planté le décor. Oui, l’APL a 99 ans d’histoire glorieuse. Oui, elle se modernise sous “la pensée Xi Jinping sur le renforcement de l’armée”. Mais non, martèle-t-il, la Chine n’a pas l’intention de devenir le nouveau gendarme du monde. « Quel que soit son niveau de puissance militaire, la Chine persévérera sur la voie du développement pacifique et poursuivra fermement la politique de défense nationale de nature défensive », a déclaré, l’officier supérieur de l’APL
Un choix, dit-il, ancré dans les gènes de la civilisation chinoise et inscrit dans la Constitution. Pas de course aux armements, pas de recherche d’hégémonie. La ligne est claire selon le Colonel LU : l’armée chinoise existe pour “sauvegarder la souveraineté, la sécurité et les intérêts de développement du pays”.
Sous-entendu : à Taïwan et en Mer de Chine du Sud, ne touchez pas.
L’Initiative pour la Sécurité Mondiale pris pour le nouveau défis pour l’APL. Le plus intéressant du discours tient en 3 lettres : ISM. L’”Initiative pour la Sécurité Mondiale” proposée par Pékin. Le Colonel LU la présente comme l’antidote au chaos actuel, soulignant que le respect de la souveraineté, la solution pacifique par le dialogue et, le rejet de l’hégémonisme, de l’unilatéralisme et de la mentalité de Guerre froide constituent les grands axes de cette initiative. Sur l’Ukraine et le Moyen-Orient par exemple, la Chine se pose en médiateur objectif et impartial.
Pour donner du poids aux mots, l’officier chinois sort les chiffres. Depuis 1990 : plus de 50 000 casques bleus chinois déployés, 26 opérations de maintien de la paix de l’ONU. Aujourd’hui : 1 800 militaires chinois au Liban et au Soudan du Sud. Dans le golfe d’Aden : 100 navires de guerre et 7 300 navires escortés. Même les Arches de la Paix, les navires-hôpitaux, ont soigné 400 000 patients. Le message derrière tout ceci est que la Chine n’est pas qu’un marchand d’armes. C’est un acteur pragmatique de la gouvernance mondiale de la paix.
55 ans d’amitié sino-camerounaise, et des galons se rapprochent
C’est à partir d’ici que le discours du Colonel LU se réduit au niveau bilatéral. En poste au Cameroun depuis 2021, l’Attaché de Défense de l’Ambassade de Chine à Yaoundé rappelle qu’il a vu le Cameroun changer sous la conduite du Président Paul Biya. Alors que 2026 célèbre les 55 ans de relations diplomatiques entre le Cameroun et la Chine, le Colonel LU indique que c’est l’occasion de promettre, d’œuvrer sans relâche pour le rayonnement de l’amitié traditionnelle entre nos deux armées.
Dans la salle, le Secrétaire d’État à la Défense chargé de la Gendarmerie, le Délégué Général à la Sûreté Nationale, le Major Général de l’État-Major… tous étaient là. Le signal est fort : la coopération ne se limite plus aux routes et aux stades. Elle passe désormais par la formation, la logistique et le renforcement des capacités opérationnelles.
Avec ce 99e anniversaire, Pékin envoie deux signaux. Au monde : “Nous sommes une puissance responsable”. Au Cameroun : “Nous sommes des partenaires de sécurité fiables”.
Entre la défense d’une “paix armée” et la consolidation d’un partenariat gagnant-gagnant, la Chine continue de tisser sa toile. Et Yaoundé, au cœur d’enjeux sécuritaires régionaux, a tout intérêt à écouter.
Gérard Njoya




