De la Chine à l’Afrique : la coopération par le transfert de savoir-faire

Pendant près de deux décennies, la coopération sino-africaine a été résumée à une image simple : la Chine finance et construit des routes, des ponts, des stades, et l’Afrique fournit ses matières premières. Une image commode, mais aujourd’hui dépassée.
Le nouveau visage de ce partenariat ne se mesure plus en tonnes de béton ou en kilomètres de rail. Il se mesure en hommes et en femmes formés, en technologies appropriées et en savoir-faire transmis. C’est tout le sens de cette mutation profonde : la Chine a compris que construire sans transférer, c’est condamner son œuvre à disparaître. L’Afrique a compris que recevoir des infrastructures sans maîtriser la technologie qui va avec, c’est entretenir sa propre dépendance. Le transfert de compétences est désormais au cœur des discours et, de plus en plus, des actes.

On le voit dans les zones industrielles de Kribi au Cameroun ou de Tanger au Maroc, où des techniciens africains sont formés aux standards de fabrication chinois. L’entreprise chinoise China First Highway Engineering Compagny Co ; Ltd (CFHEC) et le gouvernement camerounais à travers son ministère de l’Enseignement supérieur ont signé et matérialisé un contrat pour la certification professionnelle des jeunes diplômés et ouvriers dans le chantier de CFHEC. Le programme a récemment formé pendant 10 jours, 54 personnes dont 30 étudiants de l’Ecole nationale supérieure des travaux publics et 24 employés de CFHEC.
On le voit également dans les Instituts Confucius devenus centres de formation agricole et technologique. Au Centre d’application des technologies agricoles de Binguela au Cameroun par exemple, des agronomes chinois n’apportent plus du riz, ils apprennent à le cultiver sous climat tropical.
On le voit aussi dans les milliers de bourses chinoises d’études accordées chaque année aux jeunes africains, mais surtout dans le nouveau paradigme des chantiers : l’ouvrier africain n’est plus simple manœuvre, il devient contremaître, ingénieur, chef de projet.
Un tournant stratégique pour les deux parties.
Pour la Chine, c’est la condition de sa légitimité et de bâtir un avenir commun. Face aux critiques d’une coopération “prédatrice”, Pékin a besoin de prouver que son modèle est différent, qu’il est durable et créateur de valeur locale. Rien de plus concret qu’un jeune africain qui devient par exemple soudeur qualifié grâce à une formation chinoise.
Pour l’Afrique, c’est une question de survie économique. Avec une population qui va doubler d’ici 2050, le continent ne peut plus se contenter d’exporter ses matières premières brutes. Il doit transformer, industrialiser, innover. Et pour cela, il a besoin de compétences. Il faut des usines, des ateliers, des compétences. La jeunesse africaine a compris que le béton sans le savoir-faire est une coquille vide.
Mais ne soyons pas naïfs. Ce transfert ne se fera pas tout seul. Il exige une volonté politique africaine ferme. Il faut convenir, dans chaque contrat sino-africain, des clauses de formation et de transfert technologique contraignantes. Il faut valoriser les centres africains de formation professionnelle pour qu’ils absorbent ce savoir-faire. Il faut cesser de penser que l’expertise étrangère est une fin, pour la voir comme un levier.
Gérard Njoya




