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La China Exim Bank au Cameroun, le baromètre d’une coopération qui se réinvente

La visite de Wang Chunying le 25 septembre 2026 à Yaoundé, n’est pas une visite de routine. C’est la première au Cameroun de la Présidente de China Exim Bank, bras financier de l’Etat chinois à l’international. Un déplacement hautement symbolique qui intervient à un moment charnière.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 3,2 milliards de dollars de portefeuille, 1 555 milliards de FCFA déjà décaissés. Derrière ces chiffres, il y a le Cameroun concret : le port de Kribi qui positionne le pays comme hub logistique du Golfe de Guinée, Memve’ele qui éclaire le Sud, Kribi-Lolabé et Yaoundé-Nsimalen qui redessinent la carte routière, et le PAEPYS qui désaltère la capitale. China Exim Bank n’est pas un bailleur parmi d’autres, elle est l’architecte financier de la première phase de l’émergence du Cameroun.

Mais la deuxième partie du communiqué publié par le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) est la plus révélatrice. On ne parle plus seulement de prêts souverains classiques. On parle désormais de financements mixtes, d’investissements directs et de partenariats public-privé. C’est un changement de paradigme. La Chine, souvent critiquée pour l’endettement, propose de partager le risque avec le secteur privé. La Cameroun, soucieux de sa soutenabilité budgétaire, y trouve un intérêt direct. L’alignement sur la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30), est le gage que cette nouvelle phase sera moins centrée sur le béton et plus sur la valeur ajoutée.

Les thématiques évoquées – zones économiques spécialisées et numérique – confirment cette mutation. Il ne s’agit plus seulement de construire des infrastructures pour transporter des matières premières, mais de créer des écosystèmes pour les transformer localement et connecter l’économie.

Reste l’enseignement du sondage d’Actu Chine-Cameroon : les populations du Cameroun demandent le développement agricole, des usines, des routes et de la formation professionnelle. C’est un rappel salutaire. La coopération de demain ne sera jugée ni à Kribi ni à Yaoundé, mais dans les salles de classe et sur les routes secondaires qui relient les bassins de production. C’est là que se jouera sa légitimité populaire.

En recevant Wang Chunying, Alamine Ousmane Mey n’a pas seulement fait la revue d’un portefeuille. Il a ouvert une nouvelle négociation de la coopération sino-camerounaise.

Gérard Njoya

Photo : ACC

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