
Nouveaux défis de la gouvernance climatique mondiale : échanges avec Chen Ying sur les actions concrètes de la Chine pour le climat
À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement

Chaque année, la Journée mondiale de l’environnement nous rappelle une vérité simple et essentielle : le climat n’a pas de frontières. Quels que soient les continents, les niveaux de développement ou les situations géopolitiques, la crise écologique est un défi commun que nul pays ne peut affronter seul. En tant que journaliste, je suis toujours attentive aux évolutions de la gouvernance climatique mondiale, un sujet qui façonne l’avenir de notre planète.
Dans mes reportages et mes créations vidéo, j’ai toujours cherché à dépasser les discours abstraits et les clichés qui circulent souvent à l’étranger sur les actions climatiques de la Chine. C’est pourquoi j’ai lancé une série de contenus courts intitulée Les vraies compétences des entreprises chinoises dans la décarbonation. Loin des reportages institutionnels lourds, cette série adopte un ton léger, créatif et accessible, à travers de petites scènes de la vie quotidienne.
Je mets en lumière des cas concrets d’entreprises chinoises qui œuvrent discrètement pour la transition bas carbone, dans les secteurs de l’énergie, de l’industrie et des transports. Ces vidéos visent à montrer de manière vivante les progrès réalisés durant le 14ᵉ Plan quinquennal en matière de réduction d’émissions, tout en préfigurant les actions plus larges du futur 15ᵉ Plan quinquennal. Mon objectif est simple : corriger les stéréotypes, faire connaître au public francophone et international des solutions chinoises à la fois viables économiquement et reproductibles, surtout pour les pays en développement qui cherchent des voies de transition écologique pragmatiques et accessibles.
Cependant, ces dernières années, le contexte global du climat a profondément changé. Les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient, les tensions géopolitiques brouillent les priorités environnementales, et les engagements internationaux semblent parfois faiblir face aux intérêts nationaux. Pour mieux comprendre ces nouvelles dynamiques et les enjeux contemporains de la gouvernance climatique, j’ai échangé avec Chen Ying, chercheuse renommée à l’Institut de l’écologie civilisée de l’Académie des sciences sociales de Chine.
Ses analyses nous offrent un regard lucide sur la situation actuelle. Le réchauffement climatique s’accélère de manière inquiétante : ces dernières années, la température moyenne mondiale a plusieurs fois frôlé et dépassé le seuil symbolique de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. L’Organisation météorologique mondiale prévoit qu’entre 2026 et 2030, le dépassement temporaire de ce seuil sera extrêmement probable. Parallèlement, la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a atteint un record historique en 2025, un niveau inédit depuis trois millions d’années.

On observe aussi une nouvelle intensité des catastrophes naturelles, qualifiées de « coup de fouet climatique » : alternances brutales de chaleur extrême, d’inondations dévastatrices et de sécheresses prolongées, qui touchent désormais toutes les régions du monde, y compris la Chine. Ces bouleversements montrent que la crise climatique n’est plus une menace lointaine, mais une réalité quotidienne.
Sur le plan géopolitique, les conflits régionaux ajoutent une pression supplémentaire à la gouvernance mondiale. Ils génèrent d’énormes émissions de gaz à effet de serre, perturbent les marchés de l’énergie et relèguent parfois la coopération climatique au second plan. Par ailleurs, les volte-face politiques de certains grands pays ont affaibli la crédibilité des engagements internationaux, ébranlant la dynamique multilatérale initiée par l’Accord de Paris.
La gouvernance climatique est également devenue un enjeu économique et commercial. La mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone frontalier de l’UE crée de nouvelles tensions, tandis que la compétition pour les minerais critiques, indispensables aux énergies renouvelables, redessine les enjeux géostratégiques de la transition écologique.

Heureusement, des signes positifs émergent dans ce contexte complexe. Les investissements dans les énergies vertes continuent de croître dans le monde entier.
Dans ce paysage contrasté, la Chine apporte une stabilité précieuse. Elle concentre plus d’un quart des investissements énergétiques mondiaux, et continue d’améliorer ses systèmes institutionnels et ses objectifs de décarbonation, à travers ses nouveaux NDC (Contributions déterminées au niveau national) et le Code écologique et environnemental. Ces efforts ne sont pas des déclarations, mais une transformation progressive et solide de tout le système économique et social.
Au terme de cet échange, je réalise davantage que la gouvernance climatique mondiale vit une période de basculement sensible, entre régression géopolitique et dynamique de transition verte. C’est précisément pour cela que des contenus accessibles et basés sur des faits concrets sont plus que nécessaires. Nos vidéos sur la décarbonation des entreprises chinoises ne visent pas à faire de la propagande, mais à montrer une réalité humaine et tangible : la transition écologique se construit jour après jour, par des innovations, des ajustements et des efforts continus des acteurs économiques.
Aucun État ne peut résoudre seul la crise climatique. Face à des défis aussi universels, la seule voie durable reste la coopération pragmatique, le partage des solutions éprouvées et le respect des principes d’équité et de responsabilité commune mais différenciée. C’est ensemble que nous pourrons protéger notre environnement commun et construire un avenir plus stable et plus vert pour tous.
Par Xu Zhike, journaliste de CGTN Français.




