
25 ans de l’OCS, l’Égypte comme pont vers l’Afrique : le choix de Xi Jinping n’est pas un hasard

Bichkek, puis Le Caire. Du 30 août au 3 septembre 2026, le président chinois Xi Jinping enchaîne le Sommet du 25e anniversaire de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et une visite d’État en Égypte, la première depuis 10 ans. Une séquence diplomatique qui dit beaucoup sur le monde à venir.
L’esprit de Shanghai à l’épreuve du monde
Créée en 2001 sur les bases du Groupe des Cinq de Shanghai (1996), l’OCS fête son quart de siècle à Bichkek, au Kirghizistan. De 6 membres fondateurs, elle est passée à 10 États membres, plus une dizaine de partenaires de dialogue et observateurs, représentant près de 40% de la population mondiale et 25% du PIB mondial. Son ADN reste “l’Esprit de Shanghai” défini par le Président Xi à Tianjin en 2025 : confiance mutuelle, bénéfice mutuel, égalité, concertation, respect de la diversité des civilisations et recherche d’un développement commun.
Sous l’impulsion de la Chine, l’OCS à 25 ans est passée d’une organisation centrée sur la sécurité frontalière à un moteur de développement régional de qualité. C’est tout le sens des initiatives majeures proposées par le président chinois Xi Jinping : l’Initiative de Développement Mondial, l’Initiative de Sécurité Mondiale, l’Initiative de Civilisation Mondiale et plus récemment l’Initiative pour la Gouvernance Mondiale.
La gouvernance mondiale et le développement de qualité
Le thème officiel du Sommet de Bichkek 2026 est tout de même révélateur : offrir des orientations pour “un développement de qualité de l’OCS et sa participation à la réforme du système de gouvernance mondiale”.
Face aux turbulences qui secouent le monde actuel, cette question s’est imposée d’elle-même. Et, c’est ici qu’intervient l’Initiative pour la Gouvernance Mondiale (IGM), présentée par Xi Jinping au sommet de Tianjin l’an dernier. Selon la partie chinoise, l’IGM a déjà recueilli le soutien de près de 160 pays et plus de 60 pays ont rejoint le Groupe des Amis de la gouvernance mondiale. En effet, à l’heure où le monde est traversé par des confrontations et des logiques de bloc, l’OCS a démontré qu’un autre modèle de sécurité et de coopération était possible : la sécurité indivisible, le refus de l’hégémonisme, et la priorité donnée au développement.
Guidée par l’IGM, l’OCS a structuré son action autour de trois piliers : sécurité, économie, et moyens de subsistance et culture. C’est le passage du discours à la pratique : zones économiques spéciales, interconnexion par la Belt and Road, lutte commune contre le terrorisme, et aujourd’hui intelligence artificielle et transition énergétique.
Pourquoi l’Égypte juste après l’OCS ?
La visite d’État au Caire du président chinois Xi Jinping, à l’invitation du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, est hautement symbolique pour l’Afrique et la Chine. Elle donne tout son sens à l’ouverture de l’OCS. Et dans sa démarche, Xi Jinping appelle à “approfondir le partenariat stratégique global” et à “forger une plus grande synergie dans les stratégies de développement” avec une “coopération Belt and Road de haute qualité”.
Il faut rappeler que l’Égypte n’est pas un membre de l’OCS, mais elle est partenaire de dialogue depuis 2022, membre des BRICS depuis 2024, et surtout elle est le pivot naturel entre trois mondes. C’est le cœur le pont OCS-Afrique. L’Égypte est aujourd’hui le seul pays africain à être à la fois le pont géographique dont le Canal de Suez, par où passe 12% du commerce mondial chinois vers l’Europe et l’Afrique ; le pont diplomatique, c’est-à-dire qu’elle est le médiateur reconnu au Moyen-Orient et la voix influente à l’Union Africaine et le pont de gouvernance avec l’idée que Le Caire défend comme Pékin “la construction d’un système de gouvernance mondiale plus juste et équitable”. Dans cet élan, on peut rejoindre l’analyse selon laquelle la Chine considère Le Caire comme un acteur stratégique influent capable d’offrir un “levier diplomatique”.
Probablement, cette visite permettra de renforcer la synergie entre l’Initiative la Ceinture et la Route et le corridor du Canal de Suez, et de porter la coopération sino-égyptienne comme modèle de coopération Sud-Sud.
Quand l’OCS inspire l’Afrique
Pour l’Afrique, l’inspiration est claire. L’OCS montre qu’on peut construire une organisation régionale sans hégémonie, où chaque État participe à la prise de décision. C’est exactement ce que l’Afrique cherche avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le plus grand projet de l’Union africaine depuis sa création. L’OCS a prouvé que des pays aux systèmes et cultures très différents peuvent bâtir une sécurité collective sans alliance militaire. L’Esprit de Shanghai, c’est le refus des leçons imposées et la recherche de solutions adaptées aux réalités nationales. C’est une philosophie qui résonne fortement avec l’Afrique qui revendique ses propres voies de modernisation.
En somme, de Bichkek au Caire, le message est clair : l’OCS à 25 ans n’est donc pas une affaire eurasienne et ne célèbre pas seulement son passé. Elle dessine, avec des partenaires comme l’Égypte, les contours d’une gouvernance mondiale plus inclusive, où l’Afrique a toute sa place.
Gérard Njoya




