Chaque 13 décembre, Journée nationale chinoise de commémoration des victimes du massacre de Nanjing, les sirènes d’alerte aérienne résonnent dans la ville. Les passants s’arrêtent, le silence s’installe. Cette brève suspension du quotidien ramène un épisode tragique dans l’espace public – non pour raviver les rancœurs, mais pour rappeler, de manière sobre et lucide, ce que l’histoire a laissé en héritage. Les mémoriaux et les musées deviennent, ce jour-là, des repères visibles d’une mémoire collective marquée par la violence, et d’une conscience profondément ancrée de la valeur de la paix.

Placée dans une perspective historique plus large, cette commémoration évoque également une réalité longtemps occultée : les crimes commis par l’Unité 731 de l’armée japonaise. Des archives soviétiques déclassifiées, rendues publiques le 13 décembre par les Archives centrales de la Chine, confirment la préparation et la mise en œuvre de la guerre biologique ainsi que les expérimentations humaines menées par cette unité, en violation manifeste des conventions internationales. Ces éléments établissent le caractère organisé et systémique de ces crimes, qui inscrivent l’Unité 731 non seulement dans l’histoire chinoise, mais aussi dans celle, plus universelle, des dérives de la science. Les rappeler, c’est souligner un risque constant : sans garde-fous éthiques, la science peut se transformer en instrument de destruction.
Cette interrogation traverse également d’autres pays. L’examen continu des crimes médicaux nazis en Allemagne, la lutte du Vietnam contre les effets durables de l’« agent orange » ou encore les actions judiciaires transnationales posent la même question : comment empêcher que les avancées scientifiques ne franchissent à nouveau des limites intolérables ? En Chine, une nouvelle génération revisite ces épisodes grâce aux archives numériques et aux productions documentaires. Elle redonne un visage aux victimes, transformant une mémoire nationale en réflexion éthique, lisible au-delà des frontières.
Se souvenir, ici, ne signifie pas seulement revenir sur le passé. C’est un acte tourné vers le présent et l’avenir. Dans un contexte international instable, où les déséquilibres de développement alimentent les tensions, la paix apparaît moins comme un acquis que comme une responsabilité constante. L’existence, au Japon, de courants politiques cherchant encore à promouvoir une lecture révisionniste de l’histoire et à minimiser leur responsabilité dans ces actes d’agression souligne l’urgence de cette vigilance. Qu’il s’agisse des crimes de l’Unité 731, des expérimentations médicales nazies ou des nombreuses crises humanitaires contemporaines, les leçons demeurent claires : plus les technologies progressent, plus les exigences éthiques doivent s’élever ; plus le développement s’accélère, plus la vie humaine doit rester centrale.
Cette compréhension de l’histoire éclaire aussi la voie du développement pacifique de la Chine, de mieux en mieux reconnue sur la scène internationale. Elle répond à des attentes largement partagées : la quête de dignité, la volonté d’autonomie, l’aspiration à une vie meilleure. Dans un monde où certaines forces politiques cherchent encore à instrumentaliser les fractures, la valeur du dialogue et de la paix prend un sens particulier. La mémoire historique devient alors un terrain commun permettant d’établir des passerelles entre sociétés et cultures.
Si l’histoire a imposé à différents peuples des souffrances comparables, la coopération fondée sur un développement partagé ouvre aujourd’hui une perspective commune. Dans cette optique, commémorer les blessures du passé n’est pas seulement un devoir, mais un projet : celui de promouvoir une science responsable, des institutions respectueuses de la vie humaine et une paix capable de résister aux crises. Tant que les sociétés accepteront de tirer les leçons de leur histoire et de défendre ensemble la paix, les mémoires douloureuses pourront devenir une ressource pour éclairer l’avenir.
Minhui XUE, journaliste CGTN
(Photo : VCG)




